Que vous ayez vous même vécu une expérience marquante ou que vous vous posiez simplement des questions à leur sujet, cette rubrique est destinée à accueillir les réflexions pertinentes que peuvent vous inspirer les NDE et expériences apparentées, la signification qu'elles ont pour vous, les axes de recherche qu'elles pourraient initier, etc. Précisons une fois de plus que Iands ne souscrit à aucune croyance ni parti-pris théorique, et n' a pas pour but de promouvoir une quelconque explication des NDE. Les opinions et hypothèses exprimées sont donc celles de leurs auteurs, et n'engagent que ces derniers.
Le 5 Janvier 2010
Petite réflexion personnelle.
En cette nouvelle année j'ai fait comme beaucoup de personnes, un petit bilan. Je l'ai fait sur tous les plans, et aussi concernant l'impact et le rôle de ma NDE-EMI sur ma vie au quotidien.
En 2009, j'ai témoigné trois fois dans les médias, j'ai rencontré des personnes ayant vécu la même expérience, même si ce n'est pas de la même façon. J'ai échangé avec d'autres qui n'ont pas vécu cette expérience mais qui en ont fait le centre de leurs recherches professionnelles.
Je dois dire une chose, j'ai eu ma NDE-EMI à l'age de 14 ans, et jamais je n'ai été consulter un " spécialiste " pour m'aider, parce que je pensais, et pense toujours que la vraie spécialiste, et les vrais spécialistes, ce sont nous, les expérienceurs.
De plus je n'ai jamais considéré que j'étais victime de quelque chose de négatif. Aller voir un psychologue ou un psychiatre ne m'aurait pas aidé.
Je n'ai jamais cherché à me " regrouper " pour en parler dans le cadre d'une association quelconque sous l'égide d'une personne dite " spécialisée ".
Je comprends que l'on puisse en avoir besoin, j'aime en parler avec d'autres personnes, mais j'interdis à qui que ce soit de me traiter comme une victime ou une malade. Je ne suis pas alcoolique, je ne suis pas malade, je ne suis pas non plus un sujet d'étude pour servir de faire valoir à des personnes qui n'ont pas connu cette expérience qui change profondément les valeurs de vie, simplement parce qu'elle sont fascinées par le côté extraordinaire de la chose.
J'accepte d'en parler d'égal à égal à qui me questionne, sans distinction de grade, d'âge ou de fonction.
Les professionnels ne sont pas les médecins, les psychiatres, les psychologues, les anthropologues et autres neurologues. Les spécialistes c'est nous, nous qui avons traversé la porte d'une vie à une autre.
Nous considère-t-on comme des dépressifs chroniques? Considère-t-on que nous sommes des inadaptés sociaux ? Oui, souvent.
Mais dois-je rappeler l' idée fondamentale que nous ramenons de cette expérience pour une grande majorité d'entre nous ?
-Donner et montrer plus d'amour aux autres, être plus ouvert aux autres, plus généreux.
Dois-je rappeler ce que nous vivons en passant de l'autre côté du miroir?
-Nous vivons l'expérience de l'abandon des peurs, nous vivons la rencontre avec la lumière intelligente et pleine d'amour inconditionnel, nous retrouvons parfois des êtres qui nous sont chers et qui ont disparu, et d'autres que nous ne semblons pas connaître mais qui eux nous connaissent et sont souvent bienveillants avec nous.
Quand nous revenons de ce " voyage ", retrouvons-nous ces valeurs? Cette lumière? Cet amour inconditionnel?
Non absolument pas, rien de tout cela. Nous retournons à ce monde violent, froid, avare d'amour inconditionnel, qui ne croit en rien de positif, et qui pense tout savoir de ce qu'il est bon de savoir. Un monde qui vit pour le profit le plus rapide possible au dépens de son prochain, de sa terre, de sa vie même.
N'y a-t-il pas de quoi être dépressifs? Il n'y a pas besoin d'ailleurs de vivre une NDE-EMI pour se sentir mal et dépressif dans ce monde, mais quand vous avez goûté à une réalité si douce et bienveillante, qui vous rappelle à des valeurs plus justes et vraies, il me semble logique qu'il y ait encore plus de raisons d'avoir le moral à zéro.
De plus au lieu d'être respectés pour ce que nous ramenons comme valeurs morales positives et fraternelles, on nous pointe du doigt et on nous accuse d'affabuler, ou d'avoir été leurrés par notre cerveau de chair, d'hormones, et de sang.
Aimer plus son prochain, est-ce une tare ? Est-ce un crime que de vouloir se porter plus au secours des autres ? Est-il condamnable de respecter sont prochain ?
Pour ces valeurs que nous rapportons de cette expérience, sommes-nous plus atteints, plus malades que ceux qui tuent, violent, volent, et soumettent par la peur? Et pourtant, c'est nous que l'on montre souvent du doigt, c'est nous que nous n'écoutons pas.
Quand la communauté scientifique s'y intéresse, c'est le plus souvent dans le but de savoir si la mort existe ou non, si en effet nous avons une âme, et s' il est vrai que le néant ne nous attend pas à la fin de notre existence.
D'autres encore utilisent nos témoignages comme preuve afin de faire payer des personnes endeuillées et crédules, affirmant que leurs chers disparus sont encore parmi eux et qu'un monde meilleur nous attend si nous suivons les conseils " éclairés " de ces charlatans.(Etre aidé pour un temps est une bonne chose, être sous l'emprise perpétuelle d'un autre être qui ne fait cela que pour sont bénéfice personnel est source de bien des malheurs, autant pour la personne qui profite que pour celle qui est abusée).
Une personne qui a vécu une NDE-EMI, ne profitera jamais de vous, si elle le fait c'est qu'elle ment sur le fait d'avoir réellement vécu une telle expérience, c'est qu'elle a oublié, c'est qu'elle est juste manipulatrice.
Nous, les expérienceurs véritables, le vrai message que nous rapportons, si message à rapporter il y a (et à vrai dire ce n'est pas le cas), n'est pas de dire que la mort n'existe pas! En tout cas, personnellement, je ne ramène pas ce message-là, et n'ai pas envie de vous convaincre que la mort n'existe pas.
Personnellement, je reviens avec la conclusion que la VRAIE vie, la vraie REALITE, ce n'est pas ce qui nous détruit à petit feu dans ce monde, c'est-à-dire notre égoïsme, notre aveuglement, notre violence, et notre manque absolu d'amour pour toute créature vivante, et je ne parle pas que de l'être humain.
Ce qui est réellement important, ce sont les valeurs morales qui nous échoient après une telle expérience. Ce sont elles qui font de nous des parias de la société et parfois de la race humaine telle qu'elle se développe aujourd'hui.
Pour dire la vérité, je ne souhaite pas que l'on prouve un jour de manière scientifique que la mort n'existe pas.
Parce que l'homme est un enfant qui joue avec les allumettes et met toujours le feu à sa propre maison. Si un jour on prouve que cette grande épreuve n'est rien, alors que restera-t-il pour arrêter l'escalade de la violence et des crimes? Que restera-t-il à l'humanité comme garde fou ?
Aucun.
Tant que l'on ne saisit pas que ce qui est réellement important c'est de vivre le plus justement sa vie, d'être le plus possible un être de paix, de respect et surtout d'amour, autant que nous le pouvons, en essayant de toute notre volonté et force, alors nous ne méritons pas cette libération de la peur de la mort.
Enfin, je dirai ceci : Ce qui m'a sortie de la dépression d'être en vie dans un monde aussi moche que celui que nous continuons de perpétuer chaque jour, c'est d'avoir compris à quoi servait ma vie, quel était mon rôle et pourquoi j'avais eu la CHANCE de faire une NDE-EMI. Parce que c'est une chance inouïe ! Pas un drame, ni une fatalité ! Ce qui est un drame (mais pas une fatalité cependant), c'est d'avoir des valeurs et des pulsions d'amour inconditionnel et de simple gentillesse dans un monde comme le nôtre!
Parce qu'aujourd'hui, la normalité va à la violence, à l'exploitation de son prochain, de sa planète, au profit sans aucune limite. Même la mort pour certaines personnes n'est plus une chose grave, alors que même si je sais que l'on ne meurt pas vraiment, oui moi qui le sais, je sais aussi qu'il est terriblement grave d'ôter la vie à un être vivant quand il ne le désire pas lui-même.
Voilà ma réflexion en ce début d'année 2010. Je tiens à remercier le Docteur Jean-Pierre Jourdan, qui malgré cet avis bien tranché de ma part envers sa communauté professionnelle, me tolère et me respecte. J'ai trouvé en lui l'espoir que certains " professionnels " ne nous traitent pas comme des " cas ", mais écoutent sans juger ce que nous avons à dire. (C'est d'ailleurs ça le vrai travail d'un scientifique, rendre compte de faits, expliquer, analyser, pas de juger.)
C'est pour cela que j'ai accepté de participer à sa démarche, de lire son ouvrage " Deadline ", et de témoigner, sur sa recommandation, dans certains médias. Je reste de toute manière entièrement libre de mes pensées, mouvements et engagements. Mon amitié va à Jean-Pierre Jourdan, parce qu'il a su me respecter sans me juger. Pour une personne comme moi, c'est une qualité, énorme.
Et pour finir, je dirai aussi : Nous ne sommes pas des " cas ", nous les expérienceurs, nous sommes des porteurs d'espoir et de raison, des êtres simples qui ne cherchent pas à se mettre en avant, mais qui tentent de survivre dans ce monde de Chaos, bien loin des valeurs qui nous habitent au retour d'une expérience bouleversante, mais somme toute banale, puisqu'elle peut arriver à n'importe qui sur cette planète, toutes races, âges et grades sociaux confondus.
Merci pour le temps que vous avez accordé à me lire.
Très cordialement à tous.
Vannina
*NDR: ou… fromage blanc!?
Note de lecture : "Deadline - Dernière limite" Expériences de Mort Imminente - 20 ans de recherche sur une énigme scientifique par le Dr Jean-Pierre JOURDAN, préface du Dr Raymond Moody, postface d'Evelyne-Sarah Mercier Edition Les 3 Orangers - janvier 2007
Attention événement ! La parution du livre du Dr Jean-Pierre Jourdan en est un, et doit être saluée comme tel. Jamais les témoignages de ceux qui ont frôlé la mort - ou pas, d'ailleurs - n'avaient été analysés et "déconstruits" au mot et à la virgule près comme dans cet ouvrage de plus de 600 pages. Et cette fois par un médecin qui "creuse" le sujet depuis près de 20 ans. On ne peut pas parler d'opportunisme ou de besoin de notoriété.
Quand on sait combien les mots, précisément, sont difficiles à choisir pour relater ces vécus qui sont d'abord qualifiés d'expérience "ineffable" par la totalité des témoins, on comprend que ceux finalement utilisés comptent en quelque sorte double, voire triple. Il n'y a pas de mots, disent-ils dans un premier temps, parce que l'expérience que l'on appelle "de mort imminente" ne se déroule pas dans notre réalité habituelle. Elle a "lieu" dans un ailleurs, où n'ont plus cours nos notions d'espace ni de temps, nos modes de perception habituels, nos repères, nos valeurs... Est-ce le "temps du rêve" comme le nomment les aborigènes d'Australie ? Est-ce le "Tout Autre" de Rudolf Otto, ou bien l'expérience qu'il qualifiait de "numineuse" à propos de la relation au sacré, ou faut-il encore fabriquer d'autres mots, plus savants ? Qu'importe ! N'avons-nous pas fini de nous payer de mots ?
Ces dizaines de millions de témoins - hommes, femmes et enfants de toutes nationalités, cultures, religions, niveaux d'éducation, etc. - finissent seulement par exprimer qu'ils ont rencontré une énergie qui dépasse toute conception, tout concept, toute notion. Ils l'ont rencontrée, mais bien plus que cela, ils ont fusionné, se sont fondus en elle, et ils ont réalisé qu'ils ne faisaient qu'un avec cette énergie. Qu'elle nous constitue, qu'elle est à la fois l'amour, la connaissance, la conscience. Faut-il y mettre des majuscules ? Pour qui cela fait-il une différence ? Cette énergie, cette force est notre nature-même, si seulement nous voulons bien reconnaître que nous en avons une ! Sommes-nous prêts à envisager une seconde que nous ne sommes pas nés du chaos ou du néant, et à en accepter les implications, les responsabilités ? Jean-Pierre Jourdan a sélectionné 70 témoignages parmi les centaines recueillis par les écoutants de l'association Iands-France au cours des 20 dernières années. Ceux-là sont les plus complets, les plus riches, les plus à-même de nous donner à comprendre ce que cette expérience recèle, le message qu'elle porte.
La vie après la mort ? Peut-être, mais là n'est même pas l'essentiel. Ouvrons les yeux : c'est ici et maintenant que tout se joue. Qui sommes-nous ? Première des interrogations gnostiques à laquelle la science et la philosophie n'ont pas répondu. C'est de cela dont nous parle l'EMI. Quand bien même continuerions nous d'exister après la mort, quel intérêt si c'est pour y reconduire nos veuleries, nos hypocrisies, nos "minableries"... avec pour seule différence la certitude cette fois qu'il y a bien une vie après la mort. Si c'est en effet le cas, il va falloir accepter de s'entendre demander : "Pourquoi as-tu attendu d'être ici ? D'ici tu ne peux plus agir comme tu le pouvais avant...". "A quoi ta vie a-t-elle servi ?" Comme Nicole, ce témoin à qui il fut demandé au cours de son expérience : "Comment as-tu aimé ? Qu'as-tu fait pour les autres ?". Il y a des Abbé Pierre pour ça, et des Sœur Emmanuelle, répondent les cyniques, crocodiles verseurs de larmes aux cérémonies et commémorations. Je n'ai rien fait parce que je n'avais pas de preuve qu'il fallait que je fasse quelque chose, répondent les "sceptiques". Que tous ceux-là se préparent dès maintenant à regretter leurs paroles et avaler leurs chapeaux pour l'éternité. Gare à l'indigestion !
Dieu ?? Qu'importe, là aussi ! Dieu n'est qu'un mot, inventé par les hommes tout comme les religions qui les séparent au lieu de les réunir. Ce qui compte, encore une fois, c'est ce que nous sommes, réellement, ontologiquement. Qui a peur du réel, même au-delà des apparences, au-delà du sensible ? La peur naît de l'ignorance et la nourrit en retour. Pour sortir de ce cercle visqueux, rien de tel qu'un bon coup de pied au Q.I. !
Qu'on se rassure, Jean-Pierre Jourdan n'est ni aussi solennel, ni aussi dramatique. Tout au contraire ! Tout cela est dit avec un humour inégalé, iconoclaste "en diable". Qu'on en juge - contrairement à une sage injonction - par la couverture du livre qui ose détourner l'image sacro-sainte du tunnel en y faisant figurer une femme nue en plein milieu ! Oui, l'EMI nous parle de la vie, pas de la mort !
Ce que les témoins disent, après avoir choisi leurs mots et leurs façons de le faire, le Dr Jourdan nous le découpe en tranches fines, nous l'assaisonne d'un commentaire aussi frugal que pertinent, et nous le sert enfin dans sa simple évidence. Les "invariants", nombreux, nous permettent de comprendre ce que ces témoins ont vécu, ressenti au plus profond d'eux-mêmes, ce plus profond qui est à la fois un "hors d'eux-mêmes". Mais, et c'est là que le travail de Jourdan prend une autre dimension - au propre comme au figuré - ils nous permettent de comprendre aussi ce qu'eux-mêmes n'ont pas vraiment compris "sur le coup", à savoir que cet ailleurs, il nous est possible de commencer à le caractériser, à l'objectiver. "Je voyais les objets en transparence", "je voyais dans toutes les directions à la fois", "je voyais depuis partout à la fois", "je me déplaçais comme un zoom instantané"... Ce genre d'invariant, bien connu des chercheurs qui s'intéressent à l'EMI, personne ne comprenait vraiment ce qu'il signifiait, jusqu'à ce que Jean-Pierre Jourdan nous l'explique par une analogie simplissime : le passage d'une dimension d'espace N à une dimension N+1.
Une dimension supplémentaire. "Tout se passe comme si" les témoins avaient perçu depuis une dimension qui engloberait non seulement les 3 dimensions d'espace, mais aussi la dimension temps. Un témoin a ainsi vu toute sa vie comme un objet dont il pouvait faire le tour... Ce modèle est extrêmement prometteur du fait même de cette élégante simplicité qui caractérise les grandes théories scientifiques. Les analogies sont tellement nombreuses et frappantes qu'il est certain que le Dr Jourdan a mis le doigt là où ça fait bien ! Lorsqu'il a présenté son modèle lors des 1ères Rencontres Internationales sur l'Expérience de Mort Imminente à Martigues le 17 juin dernier, l'assistance était partagée, beaucoup ne comprenant pas où il voulait en venir. Avec son détachement et son habituel sens de la dérision, Jean-Pierre Jourdan s'est contenté de traiter l'aspect "spatial", laissant le temps à plus tard... Un membre au moins de l'assistance a toutefois pris la mesure du caractère "génial" de cette réflexion : le Dr Raymond Moody, qui était l'invité d'honneur de cette journée. Le lendemain, il confiait à l'auteur de ces lignes avoir été réellement bluffé par cette présentation, et se proposait de rédiger une préface à son livre... ce qui est aujourd'hui chose faite. Une préface dans laquelle le Dr Moody confirme sa première impression, à savoir qu'il a eu le sentiment de se trouver devant un nouvel Einstein. N'en jetez plus ! Jourdan affirme qu'on le compare plus volontiers à Gaston Lagaffe, mais les deux personnages ne sont pas si éloignés l'un de l'autre. Son modèle est ici présenté dans tous ses détails et avec force illustrations. Personne, aucun scientifique, aucun médecin, ne pourra plus dire "je ne savais pas..." que l'EMI, loin d'être une hallucination, est bien une source immense de connaissance, de compréhension de la conscience et de la nature humaine.
Un dernier bravo ; il est pour l'éditeur Les 3 Orangers. Ne boudons pas notre plaisir, celui de voir 20 ans de travail et de réflexion réunis en plus de 600 pages pour constituer cet ouvrage de référence. Passer à côté serait indigne de quiconque prétend s'intéresser à l'humain, dans toutes ses conditions, et dans toutes ses dimensions.
Jocelyn Morisson, journaliste. 29 janvier 2007
Cher Docteur Jourdan,
D'abord, permettez moi de vous saluer amicalement et de vous féliciter pour votre ouverture d'esprit et votre courage intellectuel, et également de vous remercier pour ce site vraiment utile, rigoureux, et d'une présentation agréable.
Une seule petite observation moins positive de la part du chrétien luthérien que je suis, à propos de la page "Prédateurs" (au demeurant indispensable pour mettre en garde contre les sectes et églises sectaires en tous genres) : il existe des églises et religions non sectaires, et il me semble pour le moins simpliste de traiter leurs dogmes ou la révélation sur laquelle elles se fondent comme de simples projections humaines ayant un vague rapport avec les réalités spirituelles.
Je ne connais pas bien l'Islam, le Judaïsme et le Bouddhisme, mais il me semble que ces spiritualités peuvent être vécues sans se retrancher de la société et sans renoncer à la maîtrise personnelle de sa vie, ce qui les différencie radicalement des mouvements sectaires.
Le Christianisme, auquel j'appartient (je suis membre de l'Eglise Evangélique Luthérienne de France -rien à voir avec les Evangélistes, il s'agit de l'Eglise héritière de la Réforme de Martin Luther), est une religion dans laquelle Dieu se fait homme pour LIBERER l'humanité de ses vicissitudes, de ses aveuglements, de tout ce qui l'enchaîne à une condition d'esclave de ses pulsions égoïstes et mortifères.
Non seulement cela est à l'antipode de toute aliénation sectaire, mais dire que cela ne serait qu'une projection humaine inspirée par une très vague compréhension des réalités spirituelles me paraît pour le moins péremptoire. Je serais tenté de vous demander "Qu'en savez vous ?" "Sur quoi vous fondez-vous pour dire cela ?"
Je comprends bien et j'approuve totalement le champs purement médical et scientifique de ce site, et je crois que c'est un outil formidable pour aider le lecteur à se défaire d'un éventuel rationalisme sectaire. Mais il me semble aussi qu'abordant le danger des prédateurs du spirituel, il n'est pas juste de présenter l'agnosticisme comme unique garantie contre ces dangers.
Dans les églises chrétiennes adhérentes à la Fédération Protestante de France, dans l'Eglise Catholique Romaine, et dans les Eglises Orthodoxes, les fidèles sont libres, tolérants, appelés à voir la Perfection Divine en tout être humain, même les plus dégradés par leur existence, à conduire leur vie par des décisions d'adultes à la lumière des valeurs de l'Evangile, et dans une humilité faite de lucidité sur soi-même et sur ses motivations profondes (surtout dans le Protestantisme).
Bien sûr, la révélation chrétienne n'a rien à voire avec la méthode hypothético-déductive et expérimentale de la science.
Mais n'existe-t-il pas des domaines tout à fait pertinents et dignes d'intérêt qui ne sont pas compréhensibles par la méthode scientifique, ne serait-ce que sur le plan humain où des "phénomènes" tels que la joie, la confiance ou les choix moraux d'un individu ne sont pas observables de la même manière que l'inertie d'un mobile ou la combustion d'un gaz ? Et pourtant, ces "phénomènes" existent indubitablement.
De même, la non-démontrabilité scientifique d'une révélation religieuse ou d'un courant d'idées altruiste en annulerait-elle la valeur ?
J'ai l'impression que le mépris des religions révèles procède du même mécanisme idéologique que celui qui conduit un certain nombre de neurologues à mépriser la psychologie : hors de la physique et de la chimie, point de salut...
De telles conceptions condamnent celui qui les partage à un enfermement dans le monde des phénomènes de la matérialité non-humaine, et peut même conduire à une forme d'inhumanité par mépris des biens du coeur ravalés à de simples sécrétions de neurotransmetteurs...
Je connaît personnellement un scientifique qui a réalisé qu'il avait fait totalement l'impasse sur l' aspect humain de sa vie lorsqu'un de ses fils s'est suicidé... Peut-être les dimanches passés à sa table de travail pour ses recherches scientifiques auraient-ils été mieux employés à vivre avec ses enfants, à les écouter, à jouer avec eux ?
Loin de moi de mépriser la science ou de rejeter un rationalisme ouvert et de bon alloi dont le bon sens prémunisse contre les tentations obscurantistes et les délires psychotiques. Mais la science et la pensée rationnelle doivent avoir leur juste place et doivent abandonner leur prétention de toute puissance idéologique. La science n'est pas pertinente dans tous les domaines, et les domaines qui lui échappent ne sont pas méprisables. Il faudra bien revenir sur la toute puissance de la science décrétée bien naïvement par le 19ème siècle positiviste.
Quels que soient les options spirituelles personnelles de celui qui le ferait, détourner de leur projet ceux qui ressentent le besoin d'adhérer à une révélation religieuse non-sectaire serait prétentieux et risquerait justement de les précipiter dans les mouvements sectaires.
Pardonnez mon plaidoyer un peu long, mais s'agissant d'un site aussi passionnant et pertinent que le votre, je tenais à vous faire part de ce point qui me paraissait dangereux. Lucidité protestante oblige, je crois que rien ne doit être passé sous silence, et qu'une seule chose serait boiteuse dans un ensemble parfait, elle n'a pas à être mise sous le tapis.
Vous remerciant encore pour votre site,
Bonsoir,
Je suis désolé que vous ayez pu interpréter cette page de manière négative pour les religions. Elle est uniquement destinée à avertir les personnes fragiles sur les diverses ruses des sectes (et il faut reconnaître que dans certains pays la frontière entre les deux est plutôt floue) et les dangers qu'elles représentent.
Il n'est absolument pas question de mettre les religions dans le même panier. Notre association réunit autour d'un même centre d'intérêt des personnes très diverses. Certaines sont athées ou agnostiques, d'autres adhèrent à l'une ou l'autre religion, mais la foi est une affaire personnelle qui n'entre pas en ligne de compte. Nous essayons depuis les débuts d'effectuer une recherche et d'apporter une information sans a-priori ni orientation particulière. Nous ne promouvons en particulier aucune interprétation, préférant, étant donné la complexité du sujet, exposer les nombreuses questions qu'il pose et qui sont pour l'instant sans réponse.
Sur un plan personnel, je respecte toutes les voies de recherche individuelles authentiques, qu'elles soient spirituelles, existentielles, philosophiques ou autres, tout en gardant une distance nécessaire à un minimum d’objectivité. Concernant les sectes, il ne s'agit pas à mon sens de spiritualité vraie, mais de démarches obscurantistes et de stratégies souvent parfaitement organisées dans le but très matériel de conserver ou d'accroître un pouvoir financier et politique tout à fait séculier.
Je suppose que le passage qui a motivé votre réaction est le suivant :
"Pour la plupart, les églises en général , leurs dogmes et croyances et même leur propre religion "originelle" sont comprises comme des "projections" humaines de quelque chose de beaucoup plus profond et fondamental. Si vous êtes de ceux là, vous êtes donc a priori vacciné(e) contre toute récupération."
Il ne s'agissait là aucunement de faire un amalgame, plutôt d'une manière d'expliquer que "qui peut le plus peut le moins".
Ceci dit, si les personnes qui ont vécu une EMI peuvent conserver une foi proche de celle qu'elles avaient avant leur expérience, il semble d'après la grande majorité des témoignages (plusieurs centaines) que j'ai pu étudier qu'elles se détachent des rites et des dogmes, quand ils existent, pour une recherche de sens (que l'on peut bien entendu qualifier de "spirituelle") plus individuelle. Il semble d'ailleurs que des personnes agnostiques à l'origine découvrent elles aussi cette quête de sens. C'est là une quasi constante de ces expériences que l'on ne peut que constater, et non une opinion.
Je détaille tout cela dans un livre qui devrait paraître à la rentrée 2006 et qui résumera 18 ans d'exploration et d'interrogations .
Tout à fait d'accord avec vous sur le fait qu'il existe des domaines qui échappent à la science. Science et religion (mais je préfère le mot plus vaste de spiritualité, même s'il est trop souvent galvaudé) sont deux manières différentes d'appréhender le monde, et essayer d'avoir un point de vue scientifique (qui est à mon avis nécessaire pour aider à notre compréhension d'un phénomène dont il ne faut pas oublier qu'il est avant tout une expérience humaine bouleversante) ne signifie absolument pas mépriser tout ce qui n'est pas science.
J'espère avoir répondu à vos interrogations, et vous avoir rassuré.
Très cordialement
Dr Jean-Pierre Jourdan, Webmaster
Cher Docteur Jourdan,
Ce sont effectivement les paroles que vous citez qui m'avaient fait réagir, puisque les dogmes et rites définis au Concile de Nicée sont effectivement les bases de ma Spiritualité chrétienne, en particulier avec le Credo de Nicée ("Je crois en Dieu le Père tout puissant...") qui me rappelle Qui est le Rédempteur, le Verbe de Dieu fait chair, credo qui donne à ma vie son sens profond le plus magnifique, puisque je m'y trouve infiniment et personnellement aimé de Dieu de toute éternité et rendu à la pleine dignité de mon héritage divin malgré mes fautes.
Les dogmes sont là pour définir les religions et leur spiritualité particulière, dans le cadre d'une révélation spécifique, et il me semble bon (sans tomber dans le fondamentalisme) de choisir une seule religion et de s'y épanouir spirituellement, plutôt que de butiner avec justement le risque d'être récupérable par n'importe quelle secte... Toutes les grandes religions ont certainement leur part de vérité et leur importance dans les plans du Créateur pour nous, elles peuvent s'éclairer mutuellement sur de nombreux points, mais il me semble que les originaux ont beaucoup plus de sens que les copies mélangées que nous offre le New Age, essentiellement soucieux de brouiller les pistes et leur sens comme dans le Da Vinci Code...
Je respecte parfaitement le point de vue des agnostiques, mais je trouverais dommage que quiconque se prive d'une spiritualité chrétienne, musulmane, juive ou bouddhiste par peur d'un carcan qui le priverait de sens, alors qu'il s'agit précisément du contraire... d'une vie débordante de sens et d'enthousiasme, dans laquelle ce sur quoi on compte, ce à quoi on fie ce qu'on a de plus précieux est bâti sur des fondations solides, et non sur les bons sentiments d'un moment ou sur un mysticisme démagogique qui admettrait tout et son contraire comme vérités égales.
Par exemple, être libre et croître dans la Vie implique de renoncer à tout ce qui vous dégrade et vous enchaîne (le péché - en Grec "manquer sa cible", agir hors ou à l'encontre de sa vocation d'homme libre fait à l'image de Dieu- ). Il serait bien sûr bien plus populaire de ne pas proclamer cette vérité, mais ce serait justement vider de sa substance l'Evangile de Libération du mal sous toutes ses formes...
Oui, toute vraie spiritualité implique le choix de formes spécifiques et cohérentes, donc un renoncement à d'autres formes possibles, sans lequel la quête de sens se transformerait en un consumérisme New Age où chacun puiserait dans les rayons d'un vaste supermarché "spirituel" à la recherche de sa satisfaction nombriliste immédiate.
Pardonnez moi d'avoir été un peu long dans mon développement . Votre perspective laïque et bienveillante me paraît excellente s'agissant d'un site destiné à tous, et il ne s'agissait que d'une mise au point sur un détail.
Peut-on expliquer et
comprendre une N.D.E. par une approche extérieure ? Dans quelle
mesure la science médicale ou autre peut-elle aider celui
qui a vécu cette expérience ? Tout dépend
du regard que l'on porte sur le phénomène et la relation
que l'on établit avec lui, car s'ouvrir et accepter la
réalité d'expériences de conscience qui transcendent
le cerveau humain et la matière nous oblige à reconsidérer
notre propre point de vue, qui apparaît alors extrêmement
étroit et limité. Pour donner une image, nous nous
trouvons alors dans la situation d'une humanité aveugle
qui essaierait de comprendre l'expérience de celui qui aurait
entraperçu, pour un temps, un rayon de lumière,
ou un paysage lumineux tout autour de lui, et toutes les informations
en découlant. Comment une telle humanité pourrait-elle
aider ceux qui auraient vécu ce genre d'expériences
et l'expliquer, tout en restant aveugle ? elle risquerait d'avoir
beaucoup de difficultés, et plus encore, de créer une
grande frustration chez les expérienceurs. La réalité
de ces expériences nous oblige donc fatalement à un
retour sur nous-mêmes et sur la réalité de notre
nature humaine, et bien plus que d'essayer d'intégrer ou de réintégrer
l'expérienceur dans une humanité aveugle, ce qui
risque de le déstabiliser, n'aurions-nous pas tout
intérêt à nous ouvrir encore plus, écouter
et observer ce que celui-ci peut nous apprendre d'une réalité
de l'esprit, de la conscience ou de la nature humaine dont nous
ignorons tout, non pas pour acquérir une connaissance supplémentaire,
bien que cela soit d'un intérêt indéniable, mais
plutôt pour nous sortir de notre cécité.
Une démarche
scientifique qui serait complète ne pourrait passer que
par là car nous touchons là au domaine de l'humain
et sa nature existentielle et non pas à quelque objet extérieur
qui puisse être mesuré. La vue étant là
nous aurions alors tout le loisir de classifier, quantifier, rationaliser,
confronter avec d'autres expérimentateurs ce qui serait
une réalité ou une dimension de l'existence ou de l'univers
auxquelles l'humain n'a accès que dans des situations exceptionnelles
ou extrêmes.
Mais notre
difficulté à appréhender de l’intérieur
ce genre d'expériences vient du fait que nous nous sentons coupés,
séparés, isolés de l'autre, et précisément,
c'est cette absence de séparation, cette sorte d'unité
transcendante avec le tout que nous révèlent ces expériences,
et la possibilité pour l'esprit humain d'y accéder. Sans
pour cela être obligé de devenir mystique, c'est de ce
fait que viennent témoigner la plupart de ceux qui ont vécu
cette absence de séparation, parfois brutalement, mais bien
souvent en en rapportant quelque chose, le sentiment que cela est
possible et en gardant quelque part une porte ouverte les rapprochant
de leurs frères humains.
Alors bien entendu
face aux croyances et aux structures de la psyché, cette
découverte, pour celui qui la vit, peut bousculer, voire déstabiliser.
Rien de plus normal, car cette psyché s'est construite sur
notre état d'aveuglement, pour reprendre notre image, et le
temps du réajustement peut être plus ou moins long selon
les individus. Mais c'est là que l'accompagnement peut être
utile et efficace, en aidant l'autre à intégrer plus
rapidement ses nouvelles données, et comment faire au mieux cela
si ce n'est en les ayant déjà intégrées
pour soi-même.
Dans ce contexte,
seul un expérimentateur se donnant comme vocation cet aspect,
ou seul un chercheur ayant eu suffisamment d'écoute pour
vivre en son cœur et à travers le récit oral de l'expérimentateur,
cette compréhension intime, seuls ceux-là peuvent
aider au mieux et tirer le meilleur enseignement de ce que peut être
une N.D.E. et découvrir peut-être le moyen de partager
et d'en retirer des bénéfices pour tous. Nous rejoignons
là ce qu'ont alors tenté de faire différentes
religions ou spiritualités avec leurs moyens propres. Mais nous
ne sommes pas des religieux et voulons rester objectifs. Il y aurait
donc là toute une autre approche à découvrir et
à mettre au point qui permettrait de tenir compte à
la fois du caractère rationnel et nécessaire à
cette démarche, et à la fois de son caractère
transcendant.
Jean-Michel Jutge –
Professeur de yoga
http://members.aol.com/jmjutge/kundalini/
Une
brève réflexion à propos des EMI et
l'origine des religions par Daniel Maurer
Suggérer que les Expériences de Mort Imminente sont à l'origine des religions du Livre est une hypothèse digne du meilleur intérêt. Les Ecritures recèlent en effet, comme nous allons le constater, de troublantes analogies avec les récits d'Expériences de Mort Imminente.
On soulignera tout d'abord ces visions d'une lumière éblouissante, parfois associées à l'apparition de personnages célestes, dont la conversion de Saul (Actes, IX, 3-5 et XXII, 6-8) sur le chemin de Damas est l'exemple le plus... lumineux. Ce même Saul, devenu Saint-Paul, revient dans sa deuxième épître aux Corinthiens (XII 2-4) sur cet extraordinaire vécu qui n'est pas sans rappeler les vertus transcendantales d'une EMI : « Je connais un homme en Christ, qui fut, il y a quatorze ans, ravi jusqu'au troisième ciel (...). Et je sais que cet homme (...) fut enlevé dans le paradis, et qu'il entendit des paroles ineffables qu'il n'est pas permis à un homme d'exprimer. » Ineffables, en effet, confirmerait un expérienceur contemporain.
Le fait de rencontrer plus d'une similitude de cet ordre dans les textes sacrés incite à la réflexion. De celle-ci le croyant déduira tout naturellement que les EMI trouvent leur explication dans la religion. Qu'elles sont une éclatante démonstration de sa légitimité et de l'authenticité de son message. Mais pourquoi ne pas oublier, un instant, deux millénaires de conditionnement doctrinal et imaginer la proposition inverse ? À savoir que les EMI, et plus largement les états modifiés de conscience de nature transcendantale, sont en mesure de rendre compte de l'avènement des religions. Cette hypothèse, peut être audacieuse , ne remet pas en cause l'existence d'une intelligence supérieure, qu'on l'appelle Dieu, Allah, Yahvé ou autre Grand Architecte.
Parmi les similitudes qui plaident en faveur de cette hypothèse on retiendra la longue méditation de Jésus dans le désert, lorsque l'apparition des anges est venue mettre un terme à la tentation à laquelle le soumettait le Malin (Matthieu, IV, 2-11). Dans ce cas précis l'analogie avec les EMI à connotation négative, qui s'achèvent par la vision de personnages célestes venus sauver l'expérienceur, n'échappera pas à celui qui reprendra la lecture du texte sur la base de cette interprétation.
Ces quarante jours de jeûne et d'isolement endurés par Jésus-Christ représentent d'ailleurs le contexte inducteur idéal d'une expérience mystique, analogue en bien des points à une EMI. En effet, isolation sensorielle, méditation, psalmodies, abstinence, sont connus pour être propices au déclenchement de ce type d'états modifiés de conscience. Ce contexte a d'ailleurs eu la faveur des mystiques de tout temps, quelle qu'ait été leur confession. Aujourd'hui il n'est plus utilisé par les seuls contemplatifs puisqu'il est mis à contribution, de façon mesurée, dans le cadre de thérapies de développement personnel visant parfois à l'éveil à une dimension supérieure de l'être : sessions de méditation dans le désert, en forêt, en montagne ou en d'autres lieux isolés.
Mais plus encore, les fondateurs de deux autres grandes religions, l'Islam et le Bouddhisme, connurent eux-aussi la révélation dans un contexte identique. Quelle coïncidence ! n'est-ce pas. Ce fut le cas de Mahomet, auquel l'ange Gabriel apparut alors qu'il méditait dans une caverne du mont Hirâ et du prince Siddharta Gautama, le Bouddha, éveillé lors de sa méditation sous un figuier à Bodh Gaya, en Inde. Ces trois adeptes de la méditation solitaire que furent Jésus, Mahomet et Bouddha se mirent ensuite en devoir, à leur tour, d'éclairer les hommes.
Peut-on raisonnablement en appeler au hasard dans le fait que les fondateurs des trois plus grandes religions actuelles ont vécu une expérience identique ? Une expérience qui donnera corps à leur enseignement et dont les répercussions pèsent aujourd'hui encore sur la destinée de plusieurs milliards d'hommes.
Leur enseignement initial, qui a pris racine dans la puissante expérience intérieure qu'ils ont vécu, insistait sur l'importance de l'amour, sur la notion d'interdépendance et sur les vertus du bien. Pour un expérienceur ordinaire cette puissante expérience intérieure débouche pareillement, on le sait, sur des répercussions positives similaires. Mais sachant aussi qu'une EMI est influencée par des éléments d'ordre biographique et culturel on en déduira, dans le cadre de la présente hypothèse, que les nuances entre les religions relèvent de ce modèle ; chaque religion ayant été marquée, dès l'origine, par l'empreinte personnelle et par la culture de son fondateur, puis par celles de ses disciples et chroniqueurs successifs.
Un autre indice vient conforter la thèse du rôle primordial des EMI dans l'émergence des religions. Il se rapporte à une forme de monothéisme qui avait vu le jour treize siècles avant Jésus-Christ par la volonté du pharaon Akhenaton (Aménophis IV). Celui-ci entendait rendre un culte sans partage au soleil, qu'il considérait comme l'unique dispensateur de la vie. Il est aisé de postuler ici que le rituel de mort/renaissance auquel était soumis le pharaon et les hauts dignitaires, a débouché, pour Akhenaton, sur une EMI profonde caractérisée par la fusion avec la lumière ; ce " soleil de bonté et d'amour " comme l'indiquent certains expérienceurs.
Moïse lui-même, recueilli par la fille du Pharaon, était prince égyptien par adoption. Et à ce titre il est fort probable qu'il ait été initié, dans un rituel de mort/renaissance similaire. Et sa rencontre avec Dieu sur le mont Sinaï, au sommet duquel le prophète s'était retiré après une longue errance dans le désert à la tête du peuple hébreux, n'est pas moins évocatrice, d'une façon plus symbolique, de certaines caractéristiques d'une expérience d'expansion de la conscience : « ...il y eut des tonnerres, des éclairs, et une épaisse nuée sur la montagne ; le son de la trompette retentit fortement... » (Exode XIX,16-17). Ou encore : « La montagne était embrasée, et les flammes s'élevaient jusqu'au milieu du ciel. Il y avait des ténèbres, des nuées, de l'obscurité. » (Deuteronome IV, 11-13).
L'hypothèse que le récit de cette rencontre sur le mont Sinaï ait été l'expression symbolique d'un état d'expansion de la conscience, comparable à une EMI, apparaît à nouveau, plus clairement, dans un passage du même Deuteronome (V, 26-27) : « Quel est l'homme en effet, qui ait jamais entendu, comme nous, la voix de Dieu vivant parlant du milieu du feu, et qui soit demeuré vivant ? » Ce que l'on peut aisément interpréter comme l'audition de la voix de Dieu venue d'une intense lumière (du milieu du feu). Un phénomène qui ne pouvait être vécu qu'à l'approche de la mort, puisque « ...et qui soit demeuré vivant ? »
Ainsi, les fondateurs des grandes religions et leurs prophètes connurent probablement un état modifié de conscience d'un réalisme saisissant, de l'ordre d'une EMI ou d'une expérience mystique profonde. Ils se trouvèrent alors en présence de cette lumière, identifiée à Dieu, qui leur délivra un message d'amour comparable à celui dont nous parlent les expérienceurs contemporains et qu'ils interprétèrent à partir de leurs traditions.
Ces rencontres avec l'être de lumière, nous ne l'ignorons pas, amènent le sujet à reconsidérer profondément sa relation aux autres. Pour celui qui a vécu pleinement une telle expérience, l'existence d'une conscience supérieure est une évidence première et l'amour du prochain ou, si l'on préfère une formule moins pompeuse, la véritable solidarité des hommes, une impérieuse nécessité. S'y ajoute le respect de toute forme de vie, la certitude d'une continuité par delà la mort, etc. Ces principes auxquels tentent de se soumettre les expérienceurs, très peu y parviennent vraiment, sont la base des grandes religions. Et le décalogue remis à Moïse, qui résume l'enseignement reçu lors de son expérience d'expansion de la conscience, est parfaitement conforme à l'enseignement reçu de la Lumière par les expérienceurs d'aujourd'hui.
L'analogie entre les pouvoirs surnaturels que l'on prête aux initiateurs des grandes religions, tels que les pouvoirs de précognition et de guérison, et ceux dont certains expérienceurs font preuve relève également de notre propos. Le charisme de celui qui a fusionné avec la Lumière de Vérité favorise incontestablement le prosélytisme et il ne fait guère de doute que dans le contexte de l'époque où vivait Jésus, considéré ici comme un expérienceur-modèle, ses disciples aient vu en lui le Messie dont parlaient les Ecritures. Mais les disciples, on ne le sait que trop, vont parfois bien au-delà des enseignements du maître et ne sont pas nécessairement des chroniqueurs objectifs. Aussi, pour asseoir la valeur de sa doctrine, est-il vraisemblable qu'ils aient été tentés d'amplifier la portée de son pouvoir de guérison et lui aient prêté la faculté d'accomplir des miracles.
De fait, et à leur décharge, les expérienceurs qui ont développé ce genre de pouvoir ont parfois eu la surprise d'obtenir des résultats véritablement miraculeux : rémission d'une maladie grave ou guérison inespérée. Il est connu, par ailleurs, que le prestige accordé à celui qui détient le don de guérir conditionne favorablement l'évolution de la maladie. Ces considérations laissent donc à penser que les fondateurs des grandes religions furent sans aucun doute des guérisseurs hors-pair. L'efficacité du prestige dont ils jouissaient ne pouvait manquer d'aboutir de temps à autre à des résultats miraculeux, grâce à un mécanisme de suggestion directe tout autant que par celui d'une autosuggestion par contamination (bouche à oreille).Au terme de cet exposé succinct, la portée de l'hypothèse qui le motive mérite d'être mieux ajustée. Si l'origine des religions actuelles et des diverses croyances en la survie était un jour attribuée au phénomène que l'on nomme Expérience de Mort Imminente, alors ce phénomène devrait être considéré comme la matrice essentielle de la plupart des cultures qui ont cours sur la planète. Vertigineuse perspective !
Daniel Maurer: La Vie à Corps Perdu